Colloque international de la SOFPHIED : Éduquer pour un avenir incertain : la fin de l'école prométhéenne ?

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Le dérèglement climatique est à présent chose admise. Si quelques politiques et une frange de l’opinion publique se revendiquent encore climato-sceptiques, les controverses proprement scientifiques ne concernent que la part plus ou moins importante de l’activité humaine dans ce processus ainsi que l’ampleur de ses conséquences possibles sur les sociétés et plus largement la vie sur Terre. Scientifiques, politiques et media se partagent également au sujet de la manière plus ou moins dramatique avec laquelle il importe de mobiliser les gens à propos de perspectives plus ou moins proches ou plus ou moins lointaines de changement de mode de vie, voire d’effondrement des sociétés. Ces différences d’appréciation donnent lieu à débats sur les précautions à prendre pour ralentir le processus, à défaut de pouvoir l’enrayer et sur les politiques à mener pour en atténuer les conséquences aussi bien météorologiques qu’économiques, financières ou géo-politiques. De tout ceci découle un mélange paradoxal de certitudes et d’incertitudes : la certitude d’un avenir incertain, celle d’une fin du monde possible si nous n’agissons pas. Désormais, dans un mélange de savoirs et de croyances, nous éprouvons désormais que notre civilisation est mortelle.
Que peut bien signifier éduquer les jeunes pour un monde que l’on sait d’une extrême fragilité, voire menacé d’effondrement et quand ce sont les jeunes qui semblent faire la leçon aux politiques et aux enseignants en les sommant d’écouter les experts et d’engager leur responsabilité d’adultes : « nous ferons nos devoirs quand vous ferez les vôtres » !
ÉDUQUER
POUR UN AVENIR INCERTAIN :
LA FIN DE L’ÉCOLE
PROMÉTHÉENNE ?
16 - 17 - 18 juin 2021
Étant donné les débats quant à la part de l’homme dans le phénomène, quant à son urgence et à l’ampleur des conséquences que l’on peut en attendre, il importe sans doute d’étudier, avant même d’envisager des propositions éducatives, comment et dans quel contexte scientifique, idéologique, politique, s’élabore la problématique de ce qu’il faut bien appeler un avenir incertain, incertain de lui-même et de sa perpétuation. Quelles sont les ruptures épistémologiques qui conduisent de l’idée de progrès à celle d’effondrement, de la modernité prométhéenne à la « collapsologie » ? Comment le dualisme moderne de la nature et de la culture s’efface-t-il au profit de concepts hybrides comme celui d’anthropocène ? Comment la planète Terre elle-même en vient-elle à être pensée comme un vaste système complexe de régulations physico-bio-anthropique ? Par ailleurs, comment émerge la question écologique et comment les institutions internationales la reprennent-elles dans l’idée de développement durable ? Du point de vue éthique se font jour, au cours du XXe siècle, un certain nombre de reformulations conceptuelles : l’idée de responsabilité devant l’avenir et son interprétation juridique en principe de précaution, ou encore celle de risque, comme caractéristique majeure des sociétés industrielles. Ces reformulations sont-elles bien fondées et opératoires ? Du point de vue de la philosophie politique, le rapport de l’homme aux animaux, au vivant en général et à la Terre se voit repensé dans un cadre tout à fait différent de celui de la modernité avec les idées de coappartenance, voire de contrat naturel. La suprématie de l’espèce humaine se voit contestée par les tendances radicales de la pensée écologique. Dans une tout autre perspective, l’anthropocène est interprété comme capitalocène, avec l’idée d’un néo-libéralisme de prédation, lié à « l’arraisonnement » ou « l’invasion technique ». Toute une économie politique table désormais sur l’idée de décroissance, promouvant l’idée d’une société sobre et économe. L’utopie d’une société fraternelle opposée la concurrence capitaliste se fait jour et cherche ses fondements dans une relecture du darwinisme.
Ces considérations épistémologiques, politiques et éthiques conduisent à un certain nombre de recommandations d’ailleurs diverses et même contraires : limitation des besoins, retour à une simplicité des moeurs, voire retour à la nature, survivalisme individualisme ou communautaire, réorientation du potentiel d’illimitation prométhéenne vers des dimensions relationnelles et spirituelles de l’existence, utopies de géo-ingénierie.
LES PROBLEMATIQUES ET LES CONCEPTS ORGANISATEURS
Comment faire la part des choses entre déraison et déni ? Le discours apocalyptique de l’effondrement bat son plein, retrouvant toutes les ressources de la mythologie millénariste, substituant le paradigme christique du salut au paradigme prométhéen. Comment faire la part de l’irrationnel et du rationnel dans les catastrophes annoncées ? Quel peut-être ici le rôle de l’école ? Doit-elle préparer les jeunes au changement, voire à la survie, et selon quelles modalités ? Qu’autorise l’urgence ? L’embrigadement, l’engagement ou seulement la prise de conscience ? La menace d’effondrement semble restaurer la clôture du sens : nous devons éduquer pour un monde menacé. Mais cette restauration repose sur un double paradoxe. L’éducation ne semble plus déterminée par la transmission d’un patrimoine, mais en fonction d’un avenir dont la possibilité même est en jeu. De plus, elle bouscule les rapports entre générations : qu’en est-il de l’autorité des éducateurs quand ce sont les jeunes qui les appellent à prendre leurs responsabilités ?

 

DÉROULEMENT DU MERCREDI 16 JUIN 2021
14H : ACCUEIL
14H30-15H : OUVERTURE
15H-15H45 : CONFÉRENCE 1
Les tâches éthiques et politiques des éducateurs en face d’un avenir incertain : José Sergio Fonseca de Carvalho
15H45-16H : PAUSE
16H-16H45 : CONFÉRENCE 2
La Terre sans dessus dessous. Jules Verne et la catastrophe : Michel Fabre
16H45-17H30 : TABLE RONDE (A)
Présentation des travaux nantais : Céline Chauvigné, Pierre Billouet, Philippe Mustière, Frédéric Le Blay
DÉROULEMENT DU JEUDI 17 JUIN 2021
9H-9H45 : CONFÉRENCE 3
La morale de l’adolescent et l’expérience de la dévastation du monde : Anne Pagès
9H45-11H15 : ATELIERS
Atelier A : Le cas Greta Modérateur : Michel Fabre
Alain Kerlan : Une figure de l’enfance à l’heure écologique. Greta Thumberg, pourquoi tant d’amour, pourquoi tant de haine ?
Céline Chauvigné : Comment les jeunes générations pensent et refont le monde : le cas Greta Thumberg.
Christophe Point : Greta Thumberg à l’école d’Hannah Arendt. Prendre soin du monde et de l’adolescent : un nouveau défi pour l’université.
Atelier B : Spiritualité pour gros temps Modérateur : Renaud Hétier
Muriel Briançon : Espérer un avenir meilleur ou accepter l’effondrement ? Apport de trois optiques spirituelles.
Alfred Gambou : L’humanité en péril : quelle spiritualité pour sauver le sujet post-moderne ?
André Pachod : Une spiritualité de l’enseignant en contexte hypermoderne ?
11H15-11H30 : PAUSE
11H30-12H30 : ATELIERS
Atelier C : Environnement et eco-formation Modérateur : André Pachod
Fatiè Ouattara : Education et crise écologique. Pour un humanisme environnemental.
Samuel Renier et Sébastien Baeta : L’alternance comme expérience d’écoformation.
Atelier D : Principes éducatifs pour l’Anthropocène
Modérateur : Alain Kerlan
Pierre Gégout et Xavier Roth : « Eduquer pour un avenir incertain » : qu’est-ce à dire ?
Emmanuel Brassat : La catastrophe dans la culture et dans l’éducation.
Atelier E : Ethique et vulnérabilité Modérateur : Céline Chauvigné
Stéphanie Péraud-Puigségur : La grenouille, la vache et le koala. Que faire de la question animale à l’école ?
Tommy Terraz : Eduquer à et par l’altruisme : une nécessité face aux confusions et aux effondrements.
12H30- 14H15 : REPAS
14H15-15H : CONFÉRENCE 4
Penser l’émancipation à l’époque de l’anthropocène : Jean-Marc Lamarre
15H-16H30 : ATELIERS
Atelier F : Quel Humanisme pour l’Anthropocène ?
Modérateur : Jean-Marc Lamarre
Didier Moreau : Un « élan directeur impérissable? » Perspectives de la Paideia de Werner Jaeger.
Nathanaël Wallenhorst : De la condition humaine à l’aventure humaine. Une anthropologie politique prospective pour penser l’éducation en Anthropocène.
Laeticia Ayigone Biyoche : De l’éducation du citoyen du monde à l’éducation du citoyen pour le monde : tentatives de réponses aux préoccupations écologiques.
Atelier G : Les défis éducatifs Modérateur : Didier Moreau
Renaud Hétier : Pour une éducation profonde en Anthropocène.
Michel Fabre : Hans Jonas : la responsabilté pour l’avenir et ses paradoxes politiques et éducatifs ?
Brad Tabas : Comment pouvons-nous éduquer les terriens ?
16H30-16H45 : PAUSE
16H45-18H : ASSEMBLÉE GÉNÉRALE SOFPHIED
20H : REPAS FESTIF
DÉROULEMENT DU VENDREDI 18 JUIN 2021
9H-9H45 : CONFÉRENCE 5
Le malaise dans la civilisation : vieille rengaine et futur inédit : Frédéric Le Blay
9H45-11H15 : ATELIERS
Atelier H : Quel curriculum pour l’école de l’anthropocène ?
Modérateur : Bérengère Kolly
Patricia Verdeau : Curriculum, continuité, discontinuités, ou la prise en compte d’une incertitude problématique.
Malou Delplanke et Hanaà Chalak : Eduquer pour un avenir incertain : les interactions science / société dans les programmes et manuels de SVT.
Marie-Louise Martinez et Gilles Delesque : Les mains dans la terre à l’école-jardin : une pratique éco-citoyenne en commun pour l’éducation en anthropocène.
Atelier I : De l’imaginaire à l’éthique Modérateur : Dominique Ottavi
Jean-François Dupeyron : Education, voyage et éthique anthropocénique.
Philippe Mustière : Jules Verne, l’enchanteur et le « désenchantement du monde ». le paradigme de la catastrophe.
Camille Roellens : L’éducation en train de vivre une expérience post-apocalyptique. Approche herméneutique du film Snowpiercer (Bong-Joo-ho, 2013).
11H15-11H30 : PAUSE
11H30-12H30 : CONFÉRENCE 6
Crise climatique et éducation contemporaine : de la conscience des risques à la conscience des défis : Adalberto Dias de Carvalho
12H30- 14H15 : REPAS
14H15-15H : CONFÉRENCE 7
L’école et le milieu éducatif : Dominique Ottavi
15H-16H : ATELIERS
Atelier J : Apports épistémologiques pour l’école de l’anthtopocène
Modérateur : Jean-François Dupeyron
Bérengère Kolly : Face à l’incertitude, le retour du vitalisme en éducation ?
Denise Orange-Ravachol : L’école au temps des « catastrophes » Quels repères pour l’Education au développement durable ?
Atelier K : : Et maintenant ? Modérateur : Samuel Renier
Pierre Billouet : Vivre à l’époque de la « brutalité cataclysmique ».
Martine Meskel Cresta : Les derniers jours de l’enseignement ?
16H-16H30 : TABLE RONDE (B)
BILAN ET PERSPECTIVES
Alain Kerlan, Bérengère Kolly, Céline Chauvigné, Michel Fabre